Évaluation conjointe avec le CSE (article 10) — guide procédural complet.
L'article 10 de la directive 2023/970 introduit une procédure de dialogue obligatoire avec le CSE dès qu'une catégorie de valeur égale dépasse 5 % d'écart non justifié. Voici comment elle s'articule, ce qu'elle contient, et ce qui se passe en cas de désaccord.
TL;DR — déclenchement et logique de l'article 10
L'article 10 prévoit une évaluation conjointe des rémunérations avec les représentants du personnel quand une catégorie de valeur égale présente un écart de rémunération moyen ≥ 5 % qui n'est pas justifié et n'a pas été corrigé sous 6 mois.
En droit français, cette procédure est confiée au CSE(Comité Social et Économique) — c'est l'interlocuteur naturel pour la consultation transverse sur la politique de rémunération (articles L.2312-26 et suivants).
L'évaluation conjointe n'est pas une simple consultation: c'est une co-construction qui doit contenir 5 éléments obligatoires (analyse, raisons, mesures, évaluation des mesures passées, échéancier). Le CSE peut produire ses propres observations et contester la méthodologie.
Quand est-elle déclenchée ?
Les trois conditions cumulativesde l'article 10 §1 :
- Le rapport sur les rémunérations démontre une différence ≥ 5 % dans une catégorie de valeur égale
- Cette différence n'est pas justifiée par des critères objectifs et non sexistes
- Elle n'a pas été corrigée dans les 6 mois suivant le rapport
Décryptage complet des 3 conditions et de leur calcul →
La charge du calculrepose sur l'employeur, mais le CSE peut demander à un expert-comptable (au titre de l'article L.2315-92) de vérifier les chiffres. Ce coût d'expertise est à la charge de l'entreprise.
Cinq éléments obligatoires de l'évaluation conjointe
L'article 10 §2 de la directive liste cinq éléments que l'évaluation conjointe doit obligatoirement contenir. Aucun ne peut être omis :
- Analyse de la proportion F/H par catégorie de valeur égale — répartition genrée de chaque catégorie, sur toute la masse salariale concernée
- Analyse des niveaux moyens de rémunération par catégorie — moyenne, médiane, écarts entre quartiles
- Raisons des écarts identifiés — justification critère par critère (ancienneté, performance, niveau, localisation, autre)
- Mesures correctrices envisagées — calendrier précis, salarié·es concerné·es, montants ou ajustements structurels
- Évaluation de l'efficacité des mesures précédentes — si une évaluation conjointe a déjà eu lieu, bilan de ses effets sur le ou les cycles suivants
Aucun de ces éléments ne peut être substitué par une note de synthèse de la direction.Le CSE doit recevoir l'analyse complète, avec accès aux données granulaires (anonymisées si nécessaire).
Procédure en 6 étapes
- 1J0 — Publication du rapport annuel
L'indicateur d'écart par catégorie (article L.1142-7 nouveau) est publié dans les modalités fixées par décret. Le CSE reçoit le document complet en consultation préalable.
- 2J0 → J+30 — Identification des catégories alertes
L'employeur identifie les catégories qui dépassent le seuil de 5 % et engage l'analyse des raisons. Les conclusions sont consignées par écrit.
- 3J+30 → J+90 — Tentative de correction
L'employeur peut corriger directement (augmentations individuelles, ajustement de grilles, promotions documentées) ou produire une justification motivée par les critères objectifs.
- 4J+180 — Vérification de la condition (c)
Si l'écart > 5 % non justifié persiste 6 mois après le rapport, l'évaluation conjointe avec le CSE devient obligatoire. La direction convoque le CSE.
- 5J+180 → J+360 — Procédure d'évaluation conjointe
Réunions du CSE dédiées, partage des données, négociation des mesures. Le CSE peut mandater un expert-comptable. Le document final (les 5 éléments) est co-signé.
- 6Cycle suivant — Évaluation de l'efficacité
L'année suivante, l'évaluation conjointe contient l'analyse de l'impact des mesures prises (élément 5).
Que se passe-t-il en cas de désaccord avec le CSE ?
La directive ne donne pas de pouvoir de blocage au CSE — l'évaluation conjointe est une co-construction, pas un accord obligatoire. Mais le désaccord laisse une trace juridique forte :
- Le CSE consigne son avis dans le procès-verbal de la réunion
- Si le CSE estime que les mesures sont insuffisantes, son avis devient un élément du dossier en cas de contentieux ultérieur (action de groupe, action individuelle prud'homale)
- Le CSE peut alerter le Défenseur des droits ou demander une expertise judiciaire (article L.2315-94)
- Le CSE peut diligenter une enquête syndicale qui devient publique
En pratique: un employeur qui ignore l'avis du CSE et se voit ensuite condamné en prud'hommes verra ses dommages-intérêts majorés. Le CSE défavorable est un signal défavorable du juge.
La méthodologie devient matière de négociation
Conséquence pratique souvent sous-estimée : le choix de la méthodologie d'évaluation des emplois devient un sujet de négociation avec le CSE.
Le CSE peut légitimement contester :
- Vos pondérations (notamment au regard du considérant 25)
- Vos regroupements de catégories (si un emploi est rangé dans une catégorie peu visible, l'écart se dilue)
- Vos critères de contrôle (les variables retenues comme « justifiables » : ancienneté oui, mais « capacité de négociation à l'embauche » non)
- Votre seuil de fusion des petites catégories (3 vs 10 salarié·es minimum)
D'où l'importance d'une méthode publique, documentée, et défendable sur chaque choix méthodologique. Une méthode propriétaire (Hay, Mercer, Korn Ferry) est juridiquement plus fragile dans cette négociation.
Voir aussi : pourquoi les pesées de poste classiques sont fragiles →
Constituer son dossier — checklist DRH
Avant la première réunion d'évaluation conjointe, le dossier remis au CSE doit contenir (minima) :
- L'indicateur d'écart par catégorie (chiffre brut + décomposition)
- La méthodologie complète de classification des emplois (barème, pondérations, justifications)
- La fiche détaillée de chaque emploi de la catégorie alertée (sans nom des salarié·es, anonymisée)
- Le contrôle de neutralité des critères (considérant 25)
- La liste des critères objectifs retenus pour la part justifiable (avec justification)
- L'analyse des mesures précédentes si applicable
- Le plan de correction envisagé avec calendrier (si correction directe)
- Les sources documentaires (Légifrance, EUR-Lex, jurisprudence) pour les choix méthodologiques contestables
Modèle de lettre de réponse au droit à l'information → (utile pour les salarié·es qui exerceront leur droit en parallèle de la procédure CSE).
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